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Le paragraphe caché.

    

                       Pour les besoins de la logique de mon développement, je vais devoir rappeler très schématiquement et brièvement quelques banalités sur le fonctionnement de l’entreprise. Celle-ci gagne de l’argent en vendant le produit qu’elle fabrique ou crée. Avec cet argent, elle paie les salaires et charges diverses, impôts compris, et ses investissements. Avec le reste, elle dégage une part d’autofinancement et des profits. Ces derniers, autofinancement et profits, sont d’autant plus élevés que sa productivité et sa compétitivité sont elles-mêmes élevées. La doxa en la matière, c’est-à-dire l’opinion générale,  admet couramment que la compétitivité dépend essentiellement du niveau des salaires et des charges. Or, en y regardant d’un peu plus près, je me dis que les choses ne sont peut-être pas aussi simples et que cela mérite d’y consacrer quelques instants de réflexion.

 

                        J’ai d’abord noté que, curieusement, ces derniers mois, les responsables patronaux évoquaient beaucoup plus la fiscalité que le salariat pour excuser, justifier ou simplement affirmer le manque de compétitivité des entreprises françaises. Cela tient, selon moi, à deux raisons. La première, c’est qu’il serait aujourd’hui assez indécent de rendre les salaires responsables du fléchissement, vrai ou supposé, de la compétitivité : c’est une manière de reconnaître la paupérisation du monde ouvrier. La seconde, c’est qu’au cours du dernier demi-siècle la tendance s’est inversée : pendant les “Trente glorieuses”, le rapport salariat-profits était globalement de 60/40% ; depuis l’avènement du troisième capitalisme, il est de 40/60%.

 

                        Ensuite, il y a ces fameux “parachutes dorés” qui atteignent de tels sommets qu’ils ne peuvent pas être neutres en termes de résultats d’une part, de recherche-développement-investissement d’autre part. C’est donc de l’argent qui pourrait être bien mieux et efficacement employé ailleurs pour améliorer la compétitivité, surtout lorsqu’il est attribué à des dirigeants qui ont failli, ce qui est plutôt fréquent en ce moment. Je n’ignore pas, évidemment, que ces cadeaux ne sont payés qu’en cas de départ, volontaire ou forcé, et qu’ils ne concernent, jusqu’à plus ample informé, que les grandes sociétés. Néanmoins, ils sont devenus suffisamment symboliques et préoccupants pour que le politique songe enfin à les réguler ; outranciers pour que l’opinion s’en émeuve. Même s’ils sont versés en “stock-options”, ce qui en fait une charge différée qu’il faudra compenser un jour ou l’autre et sur laquelle le bénéficiaire spéculera, ces parachutes représentent un profit individualisé, ce qui est antinomique à une société par actions. Prélevés sur le profit, ils lèsent les actionnaires. Mais, prélevés sur le résultat, ils entament peu ou prou la compétitivité de l’entreprise. C’est précisément là que je voulais en venir.

 

                        Il était commode aux gouvernements de droite, féaux du capitalisme, de laisser courir l’idée que les salaires nuisaient à la compétitivité. De même leur a-t-il fallu très longtemps, de nombreuses déclarations d’intention jamais suivies d’effet, et une crise majeure, pour sembler, car ce n’est pas encore acquis, vouloir encadrer les “parachutes dorés”. Mais ce qu’ils se gardent soigneusement de rappeler, c’est le rôle du profit dans la compétitivité. Et pourtant …

 

                        L’on fait d’Adam Smith le théoricien du capitalisme, ce qui, à mon avis, le surprendrait fort s’il pouvait en juger. Mais admettons. En revanche, les tenants, les “jusqu’au boutistes” du laisser-faire, oublient volontiers, s’ils le savent, que les notions de « bien commun » et « d’opulence générale dans une société bien gouvernée » traversent toute “La Richesse des Nations” : le laisser-faire s’arrête là où commencent ces notions. Sinon, elles s’effondrent sur elles-mêmes. C’est à cet effondrement que le capitalisme nous convie. De plus, il y a au livre I de “La Richesse”, à la fin du chapitre IX, une petite phrase intéressante : « les profits élevés tendent beaucoup plus que les salaires élevés à faire monter le prix de l’ouvrage » ; puis un paragraphe oublié, explicatif, le tout dernier du chapitre, qui est particulièrement révélateur : « la hausse des salaires opère sur le prix d’une marchandise, comme l’intérêt simple dans l’accumulation d’une dette. La hausse des profits opère comme l’intérêt composé. Nos marchands et nos maîtres facturiers se plaignent beaucoup des mauvais effets des hauts salaires, en ce que l’élévation des salaires renchérit leurs marchandises, et par là en diminue le débit, tant à l’intérieur qu’à l’étranger ; ils ne parlent pas des mauvais effets des hauts profits ; ils gardent le silence sur les conséquences fâcheuses de leurs propres gains ; ils ne se plaignent que de celles du gain des autres. » On l’aura compris, par « intérêt simple », Adam Smith entend « progression arithmétique » ; par « intérêt composé », il entend « progression géométrique ». Il n’est pas besoin de commenter.

René Basset

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