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7 avril 2014 1 07 /04 /avril /2014 22:02
un Rentenmark egale 1.000 milliards de marks.

un Rentenmark egale 1.000 milliards de marks.

Cela nous est répété à satiété : toute la politique économique allemande, et les blocages qui en résultent, nous viennent de la monstrueuse inflation qui, en 1923, met l’Allemagne à genoux.

 

L’on peut comprendre que ce pays garde de cet épisode une mémoire effrayée, sinon hallucinée, et que sa conscience comme son inconscient collectifs, près d’un siècle plus tard, en soient encore profondément marqués – d’une trace indélébile même, si l’on veut. Là où cela ne va pas, cependant, c’est lorsque l’on nous dit que c’est ce moment fatal qui a amené Hitler au pouvoir, permettant ainsi de justifier a posteriori des crispations dictant des politiques qui, parce que le temps a passé, que les sociétés se sont dotées d’instruments économiques et financiers qui n’existaient pas à l’époque, s’avèrent dangereusement inadéquates. Je m’étonne en outre de voir tant d’économistes de tous horizons reprendre cette antienne sans y faire plus attention.

 

Car elle est fausse. En effet, la République de Weimar, tellement décriée par ailleurs, avait réussi à redresser la situation au point que, de 1924 à 1928, s’ensuivit une période de « relative stabilité » et de relatif bien-être, bref un retour à la normalité qui pouvait laisser espérer que, une forte reprise aidant, les démons qui hantaient la nation, et pas seulement depuis la fin de la guerre, allaient s’épuiser et rentrer dans l’oubli.

 

On connaît la suite : le krach boursier d’octobre 29 allait ruiner les progrès accomplis. Il faut dès lors que la vérité historique – et accessoirement économique  ̶  reprenne ses droits. La crise traverse l’Atlantique et s’abat sur l’Europe en 1930. En Allemagne, Brüning est appelé à la Chancellerie le 30 mars 1930. À l’instar des gouvernements occidentaux, il engage une politique déflationniste qui va faire de terribles ravages. La production s’effondre – elle passe des indices 103 en 1929 à 46 en 1932 !  ̶  et la consommation avec elle – des indices 91 en 1930 à 74 en 1932 ; le chômage double, de 3 millions en 1930 à 6 millions en décembre 32 ! C’est précisément à ce moment-là que commence la « résistible ascension », pour reprendre le titre de Brecht, de Hitler et du nazisme : selon ce strict point de vue, Hitler c’est Brüning – qui au demeurant était un "pur" réactionnaire ! Von Papen remplace Brüning le 1er juin 1932 et met en œuvre une politique de relance par l’offre qui sera très insuffisante. Von Schleicher lui succède le 3 décembre de la même année. Il instaure une vigoureuse politique de l’emploi, de type keynésien donc : en six mois deux millions de chômeurs sont remis au travail et l’économie redémarre lentement : c’est Hitler qui en cueillera les fruits ce qui, au passage, permet de tordre le cou à une autre légende selon laquelle ce sont les nazis qui auraient redressé l’économie allemande. [Sur tous ces aspects, ceux qui le cas échéant seraient intéressés pourront consulter l’ouvrage de Jean Marie Flonneau, Le Reich allemand – De Bismarck à Hitler, 1848 à 1945  ̶  Armand Colin éditeur].

 

Ainsi n’est-ce pas l’hyperinflation de 1923 mais bien l’abyssale déflation de 1930-1932 qui est en cause. Mais ce qui est impressionnant c’est que, si l’on étudie de près la politique menée par Brüning, on s’aperçoit qu’elle constitue un quasi-copié-collé de celle qui est imposée dans la crise actuelle par la Troïka (FMI, BCE, Commission européenne) avec le soutien très fort de l’Allemagne. D’où le soupçon de mauvaise foi de la part de cette dernière, à moins qu’il s’agisse de mémoire sélective ; d’où par ailleurs l’inquiétante coïncidence, qui a été relevée, entre divers phénomènes qui se produisirent à l’époque, et ceux que l’ont voit se développer maintenant – dont la haine civile n’est pas le moindre. Or la crainte, et la possibilité, d’une déflation grandissent chaque semaine un peu plus dans la zone euro sans que la position de l’Allemagne semble bouger d’un iota. Il ne faudrait pas que, sur une erreur d’analyse ou par ignorance de son histoire, elle entraîne ses partenaires dans une crise « à la japonaise » qui doublerait dans ses conséquences celles de 2008, ce qui serait pire.

 

Il se trouve que le danger inflationniste est bien moindre, pour ne pas dire inexistant, que celui de déflation. Cela peut paraître surprenant puisque l’on sait que les États-Unis, même s’ils ont un peu diminué le rythme, ont jusqu’à récemment copieusement fait tourner la planche à billets ; que, parmi les pays émergents, la Chine a connu et connaît d’inquiétants phénomènes de bulles qui ont, entre autres effets, celui de créer de la monnaie. Les liquidités disponibles sont donc énormes. Mais ce qui devrait constituer une pression inflationniste proportionnelle est contrebalancé par la quasi-déflation et la panne durable des économies occidentales. Or comme il faut que ces capitaux se placent, cela permet à la France, malgré sa situation très précaire, de se financer à très bas taux.

 

Cela suffirait en soi à contredire les dogmes économiques et financiers en vigueur, et à souligner leur caractère artificiel. Mais, de surcroît, cela questionne fortement les politiques imposées par le système européen fondé sur trois curseurs : celui des 2% d’inflation, celui des 3% de déficit budgétaire, celui enfin des 60 %/PIB de la dette. Au-delà de l’arbitraire des chiffres qui enferment les pays concernés dans un corset et les empêche de se doter des instruments de lutte efficaces contre les dérèglements qui les accablent, relevons qu’il y a une contradiction flagrante – une de plus  ̶  entre le libéralisme proclamé, censé libérer les relations et non pas les corseter, et la surveillance rapprochée des dettes, certes préoccupantes et qu’il faudra bien résorber, mais qui, pour le moment sont financées sans difficulté par au moins un pays, le nôtre : apparemment, le sacro-saint marché estime, contre les tenants de la sacro-sacralité des marchés, qu’il n’y a pas de risque !

 

Pourquoi donc ne pas laisser-faire le marché ? Je ne dis pas que je souscris à ce schéma : je me borne à constater. Enfin, si Schleicher a réussi en 1932 à redonner vie à l’économie allemande, c’est qu’il avait les moyens de sa volonté, ce qui n’est pas le cas pour les pays de la zone euro. Tout simplement, on le sait, parce que l’euro est seul. Pour qu’une monnaie fonctionne, il lui faut à tout le moins un socle économique, financier et fiscal solide – institutionnalisé. Celui-ci n’a jamais été construit en Europe, malgré les avertissements. Pire, les politiques – qu’ils soient en France de gauche ou de droite  ̶  n’ont jamais voulu, ou osé, doter l’Union des structures nécessaires à la viabilité de la monnaie commune. Cela au nom de la préservation d’un pré-carré national totalement dépassé et désuet tout en étant parfaitement contradictoire, là encore, avec l’idée même d’Europe. Ajoutons à cela l’impression très nette que donne l’Allemagne aujourd’hui de privilégier ses seuls intérêts au détriment, encore, de l’idée  ̶  je ne critique pas, je constate : nous n’avons pas de leçon à donner  ̶  et l’on aura (trop) rapidement fait le tour de la question.

Il y a par conséquent quelque ironie à faire supporter aux peuples concernés les erreurs de diagnostic, manquements, lâchetés et autres impérities ; et quelque raison à ce qu’ils le supportent de moins en moins.

                                                                                                             

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ecrit par René Basset
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